L’éloge à l’imperfection

Quelle chimère est-ce donc que l’homme? Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction? Juge de toutes choses, imbécile ver de terre; dépositaire du vrai, amas d’incertitudes; gloire, et rebut de l’univers. S’il se vante, je l’abaisse; s’il s’abaisse, je le vante, et le contredits toujours, jusqu’à ce qu’il comprenne, qu’il est un monstre incompréhensible

Dans dix ans, les scientifiques vont peut-être en venir à la conclusion  que consommer de l’alcool plusieurs fois par semaine augmentait les capacités intellectuelles des individus. Ainsi donc, plusieurs textes que j’aurai écrits seront discrédités puisque les gens diront que j’étais sous l’influence d’une substance qui augmente mes aptitudes.

Cessons de déconner, je sais bien que ce que je viens de dire ne risque pas d’arriver. Mais, pour aller à contre-courant (pour faire changement), je suis tanné d’entendre les gens huer les sportifs qui commettent des fautes ou encore n’importe quel individu de la sphère publique qui n’a pas un comportement exemplaire.

Barry Bonds vient d’égaler la marque de coup de circuit de Hank Aaron en frappant le 755e de sa carrière. Effectivement, en tant que personnalité, Bonds est un enfoiré. Est-ce qu’il a pris des stéroïdes ou autres substances qui peuvent augmenter ses performances durant sa carrière? Pour l’instant, je m’en tiens au fait qu’il est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire.

Doit-on mettre un astérisque à côté de son nom dans le livre des records? Si on le fait, on va devoir le faire pour tous les records qui vont être battus dans les prochaines années. Il n’en demeure pas moins que le commun des mortels, dopé ou pas, ne réussirait jamais à frapper 755 coups de circuits dans une carrière professionnelle.

Je suis tanné que l’on exige la perfection des gens qui nous entourent. On veut que nos politiciens ne commettent aucune bévue; ils s’en remettent donc à la langue de bois. On veut que nos héros (acteurs, sportifs, musiciens) se surpassent de plus en plus; mais on est scandalisé lorsque des scandales éclatent.

Moi je dis MERDE à la perfection. Une des personnes que j’admire le plus (et que beaucoup de gens ne comprendront jamais mes raisons) c’est Jean-Paul Sartre. Ce n’est pas tant pour sa philosophie ou son mode de vie, mais bien parce qu’il incarnait à merveille le 20e siècle. Il était imparfait. Il se contredisait. Il passait d’un extrême à l’autre. Il écrivit La Nausée et L’Être et le Néant pour rejeter ces œuvres à la fin de sa vie dans Les Mots. Tantôt existentialiste, tantôt communiste. Tantôt appuyant l’idée d’une subjectivité propre à chaque « en-soi », tantôt voguant vers l’idée que c’est les autres qui nous définissent comme nous-mêmes.

L’Histoire est remplie d’exemple : Voltaire, Céline (non, pas notre chanteuse nationale), Napoléon, Lénine… et j’en passe. Des êtres que l’on admire et que l’on déteste à la fois.

Quand j’avais environ seize ans et que je vivais intensément mes émotions amoureuses, ma mère m’acheta un livre que je relis souvent. Homme et fier de l’être fait l’éloge de la masculinité non pas en écrasant le féminin, mais en glorifiant l’homme dans son ensemble, avec ses défauts et ses qualités.

Depuis ce jour, je suis moins exigeant envers moi-même et envers les gens qui m’entourent et que j’admire. Je ne dis pas qu’il faut tout accepter. À chacun de tracer les limites qui lui semblent acceptables.

C’est peut-être un peu simpliste comme explication, j’en conviens, mais je crois qu’une des raisons qui expliquent le nombre élevé de divorces depuis les vingt dernières années c’est parce que les gens acceptent de moins en moins les « erreurs » de leur partenaire. Le Surhomme de Nietzsche ne signifie pas un homme surhumain. Trop de gens ont déformé ou mal compris ce concept.

C’est l’affirmation de l’existence, mais, et surtout, le consentement à la totalité des aspects de la vie tel que décrit dans l’expression « veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois ». Mais, il y a plus et je ne vais pas m’étendre trop longtemps là-dessus puisque j’en aurais long à dire et le soleil est déjà levé.

Il y a le thymos qui, depuis Platon, en passant par Machiavel, Hobbes, Hegel, Kojève et Nietzsche signifie la lutte pour la reconnaissance. Pour Hegel, toute l’histoire humaine est une lutte pour la reconnaissance et que l’on peut traduire de nos jours par l’estime de soi. On veut être reconnu, on veut laisser notre trace dans l’histoire, et lorsque l’on n’y arrive pas, on s’attend que d’autres le fassent à notre place. On veut que les autres supportent la dignité commune et lorsqu’ils transgressent les règles nous sommes offusqués.

Mais je m’arrête ici.

Je ne sais pas exactement la ligne directrice de cet écrit. Mais, vous me pardonnerez : je suis moi aussi imparfait.

~ par njl sur Dimanche, 5 août 2007.

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