Néant – Prologue

« Toute créature terrestre est appelée à mourir
seule… » (Donnie Darko)

Je suffoque et je transpire abondamment. Je me sens prisonnier d’un monde auquel je n’appartiens pas et dont je n’ai aucun pouvoir sur son fonctionnement; je m’agenouille sur le sol pour que je puisse reprendre momentanément mes esprits. Je regarde autour de moi et les murs métalliques miroitants me renvoient une image d’un vieillard : une mince couche de cheveux blancs recouvre mon crâne et les rides ont envahi chaque centimètre cube de ma peau.

Un sentiment mêlé de tristesse et d’amertume me parcourt l’esprit; je ne suis pas réellement vieux, c’est une projection de ce qui m’attend dans un avenir incertain : je suis en train de vivre ma mort! J’entends une voix qui me transperce le crâne : « Tous tes amis sont morts, tout ce que tu as accompli aura été vain et, maintenant, avance dans le couloir qui te mènera vers ton dernier souffle. »

À grande peine, je me remets debout et je continue mon trajet dans ce sombre labyrinthe où chacun des pas que je fais vers l’avant me paraît de plus en plus pénible à supporter. À quoi bon marcher, lorsque notre temps est compté? Pourquoi persévérer lorsque nous savons que la fin est proche?

Je ressens une douleur atroce qui me parcourt le haut de mon corps jusqu’à la pointe de mes orteils; mes pieds, écorchés par les cailloux pointus, laissent filer une traînée de sang après chaque avancée. Je tourne la tête vers l’arrière et je vois que je tire une énorme pierre que l’on a attachée à mon cou à l’aide d’une chaîne métallique. « Un Sisyphe des Temps modernes », m’écriais-je, même si personne ne peut m’entendre.

Pourtant, je n’ai pas osé défier les Dieux. Dans le cas de Sisyphe, il sait qu’il n’arrivera jamais au sommet de la montagne, mais juste le fait de lutter et de pouvoir exister lui donne une raison de recommencer l’ascension. Mais, moi, les derniers grains de sable de mon sablier se sont évaporés et ma fin m’est déjà annoncée. Sisyphe fut condamné à rouler éternellement une pierre jusqu’en haut d’une colline alors qu’elle redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet. Mais, moi, pourquoi dois-je traîner ce boulet? Quelle faute ai-je commise?

Si tout ceci me semble irréel, l’atmosphère s’y dégageant ne l’est pas. J’ai une impression de déjà-vu : je perçois des bruits familiers au loin et plus j’avance, plus j’arrive à y distinguer des mots et puis des phrases. J’entends des pleurs d’un jeune enfant et les paroles d’une femme : « Je te l’avais dit que ça finirait de cette façon, tu n’aurais jamais dû te mêler à cette histoire. »

Malgré le poids que je traîne, je réussis à trouver une issue; je vois de la lumière et je me rapproche des cris. Mais, tout à coup, la lumière s’éteint et l’ouverture se referme devant et derrière moi : je suis emmuré, il n’y a plus aucun espoir, c’est la fin.

Dans l’obscurité la plus totale, j’entends des cliquetis provenant des maillons de la chaîne métallique. Les heures puis les jours passent et je comprends que bientôt ça en sera fini de cette existence. La succession de petits bruits métalliques a cessé, la chaîne se détache de mon cou et la pierre commence à rouler par elle-même. D’ici quelques instants, elle m’aura écrasé de tout son poids.

~ par njl sur Vendredi, 9 février 2007.

Une réponse to “Néant – Prologue”

  1. Très beau texte à nouveau: en effet, la vie parait parfois insensée….C’est celà que je me dis lordque je ne semble pas parler le même langage que ceux qui m’entourent, ou que mes apels restent sans echo.

    “L’absurde nait de la confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde”. Albert Camus

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